Multimédia : l’ère des Labos

L’avenir du web n’est pas à la présentation chronologique. C’est une piste à explorer – peut-être, s’ils en ont envie – par les médias. Notamment les gros médias, ceux dont certains réd-chefs disent “on a pas un rond pour acheter du multimédia” (Libération, par exemple, à la conférence de début d’année sur le design de la presse en ligne au Mac-Mahon, à Paris). Quel modèle est choisi ? Le journalisme de lien ? On a les petites boîtes “A lire aussi” en fin d’article, sacre un peu ironique du journalisme de liens. Envoyer vers l’extérieur, vers des gens qui ont mieux traité un sujet, qui sont plus pointus, qui ont plus de temps ? On va pas perdre d’audience non plus, puisque c’est elle qui régit les prix de la pub.

Tout ça semble un peu bloqué. A partir du moment où les pages des grands journaux sont formatés pour plaire à Google (vive les métatags, qui ramènent du trafic s’ils sont bien utilisés), difficile de promouvoir une politique ambitieuse de multimédia. Pas des articles avec des bouts de vidéo au milieu, hein, du vrai multimédia. Genre FlypMedia, ou Mediastorm. Ou voyage au bout du charbon, voire Le corps incarcéré, tous deux disponibles sur le site du Monde.

Ce qui saute aux yeux sur ces sites, c’est leur côté laboratoire. Comme le Post, qui se voulait un laboratoire du nouveau journalisme, on est dans l’expérimentation. On met trois quatre bonnes initiatives sur le Monde (et c’est courageux et encourageant), on donne des caméras aux journalistes dans certaines rédactions. Mais on reste dans le Labo. Le truc pas abouti, en essai, pour démontrer des compétences. Pas un produit journalistique à part entière, viable en tant que tel. Libé fait de la vidéo et du son (plutôt bien, d’ailleurs, même si on n’est pas vraiment dans le multimédia) ? Hop, LibéLabo. Le Monde en met quelques-uns sur son site ? Ce sont de bons coups, ponctuels. Mediastorm fait de la petite œuvre multimédia (essentiellement en storytelling, ce qui est bien, mais réducteur, on y reviendra dans un futur billet) ? Le Washington Post aime, rachète, ne valorise pas comme média à part entière. C’est un Labo. Enfin, un “studio”. Pas vraiment un média à part entière.

Flyp, véritable “multimédia”. Un truc protéiforme, énorme. Qui se conforme un peu trop au magazine papier, mais qui est tout de même très bon. Bon, pas grand chose à redire, mais on se demande quand même comment ils font pour vivre. Pas de pub, pas de péage. Il faudra sans doute attendre quelques numéros pour voir si un modèle économique est choisi par Flyp pour alimenter son contenu et son équipe (énormes tous deux). Et le choix entre pub, péage (ou revente, comme Mediastorm) apparaîtra plus clairement.

Quelle solution alors pour sortir de l’ère des Labos ? Trouver un modèle économique. C’est une redite, sans doute, mais si le modèle payant n’a pas trouvé encore son vrai public, c’est qu’il n’a sans doute pas trouvé son vrai contenu non plus. L’information type 20minutes.fr ou Libération.fr est disponible en abondance, qui voudrait payer pour ça (bon je m’avance peut-être, on attend les chiffres de Libé) ? C’est de la reprise de dépêche, ou de l’adaptation de contenus papiers. Peu de long reportage fouillé, et les journalistes restent, quoi qu’on en dise, des OS de l’info. On ne fera pas payer pour ça, à mon avis.

Les contenus arrivent, les modèles arrivent. Reste à tout mettre ensemble.

Digression : que va faire Libé de son nouveau modèle payant ? Si cela fonctionne, est-ce qu’il va falloir que le site évolue vers plus de multimédia, plus de contenu, plus de qualité ? Et si ça ne fonctionne pas, va-t-on encore s’en emparer pour dire, “Vous voyez, le payant ne marche pas sur Internet”. J’aime bien Libé (notamment la nouvelle formule papier), mais je trouve un peu étrange de passer à un modèle payant en downgradant le contenu. Ce qui était accessible avant ne l’est plus, sauf si vous payez. En gros, le droit de péage ne donne pas accès à “mieux” mais à “la même chose qu’avant en gratuit”, et à “moins” aux autres. Désolé pour ceux qui bossent là-dessus, et qui font sans doute le meilleur boulot possible, mais je ne prédis pas un grand avenir à l’expérience. Mediapart ou @SI ont plus de chance de s’en sortir à mon avis, car ils proposent un modèle alternatif de traitement de l’info, une vision. Ca plait ou non (et on sait que les longs papiers de Mediapart peuvent être rebutants sur Internet), mais il suffit qu’ils trouvent leur public suffisant pour se maintenir, évoluer, grandir, et ils n’auront pas besoin d’alimenter la plus grande partie possible de la population avec une info dupliquée partout ailleurs.

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